La musique, un secteur égalitaire ?

À l’occasion de la fête de la musique du 21 juin dernier, nous nous sommes interrogées sur la place des femmes dans la musique : un milieu ouvert, émancipé et égalitaire ? Pas tant que ça !

Dans le secteur culturel en général et dans la musique en particulier, on est encore loin du compte en ce qui concerne l’égalité entre les femmes et les hommes. En effet, par rapport aux hommes, les femmes sont moins nombreuses, moins payées, moins aidées, moins programmées, moins récompensées et elles sont beaucoup moins nombreuses à diriger des établissements. Selon le dernier rapport du Haut Conseil à l’Égalité, intitulé « Inégalités entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture – Acte II : après 10 ans de constats, le temps de l’action »la musique reste l’un des domaines les moins mixtes parmi les métiers de la création et de l’interprétation.

Bien que les femmes soient 55% à étudier la musique dans les conservatoires régionaux et départementaux, une fois sorties de l’école, elles se heurtent au plafond de verre, cette difficulté d’accéder aux postes de direction. Elles représentent seulement 11% des dirigeant.e.s des maison d’opéra subventionnées par le Ministère de la Culture en 2012-2016. Elles sont aussi largement moins programmées que les hommes.

Dans les orchestres par exemple, ce plafond de verre se traduit par la difficulté pour les femmes d’accéder aux fonctions les plus prestigieuses : les femmes sont plus souvent « tuttistes » – c’est-à-dire musiciennes de rang, qui ne jouent jamais en solo. La fonction de chef d’orchestre est également un territoire masculin persistant, et les cheffes demeurent largement minoritaires : elles représentent seulement 6% des chef.fe.s d’orchestre entre 2014 et 2017, et aucun des trente orchestres permanents français n’est dirigé par une femme.

Même constat dans les musiques actuelles et amplifiées (jazz, rock, pop, rap, électronique, métal, techno, variété française, etc.) : les inégalités sont persistantes. Sur un panel de 9 festivals de musiques actuelles et de variétés, tous genres confondus, sur la période 2015-2016, on compte seulement 19% de femmes programmées (selon une étude quantitative du HCE).

On constate, dans les milieux musicaux, un manque de mixité et une forte tendance à l’entre-soi masculin : 93 % des groupes de musiques actuelles sont composés majoritairement ou exclusivement d’hommes, et seulement 5 % des groupes sont mixtes. Les groupes majoritairement ou exclusivement composés de femmes sont une véritable exception et ne représentent que 2 % des groupes programmés (tous festivals confondus).

Les femmes dans la musique continuent donc d’être moins visibles, et par conséquent moins valorisées que les hommes, alors que le talent ne saurait être inégalement réparti. Ce contexte contribue à renforcer le sexisme et les stéréotypes dans la culture en général.

Pour en savoir plus :

=> Rapport du Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes : « Inégalités entre les femmes et les hommes dans les arts et la culture – Acte II : après 10 ans de constats, le temps de l’action ». 

=> Mouvement HF, Vers l’égalité hommes-femmes dans les arts et la culture

=> Hyacinthe Ravet, Musiciennes. Enquête sur les femmes et la musique

 

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Selma Muzet
Diplômée du Master "Genre, égalité et politiques sociales", Selma Muzet a réalisé pour la Mairie de Paris une enquête sur les inégalités entre les femmes et les hommes dans la culture. Au groupe Egaé, elle travaille sur le projet des Expertes.