Thissa d’Avila Bensalah, un théâtre et un cinéma qui visent l’émancipation

Cela fait 10 ans que Thissa d’Avila Bensalah a fondé la structure De(s)amorce(s). Au travers de différents médias artistiques (le spectacle vivant et les écritures contemporaines, le théâtre de l’opprimé.e et d’autres démarches d’éducation populaire mais aussi, plus récemment, via le cinéma documentaire), elle construit un cheminement et un dialogue artistique qui s’attachent à ausculter les rapports de force et de domination au sein de la société ; et notamment le continuum des violences contre les femmes, et leur invisibilisation.

desamorces violet

Elle a par exemple mis en scène Silences Complices ?, en collaboration avec l’AVFT (Association européenne des violences faites aux femmes au travail), créée en 2005 et qui continue de tourner aujourd’hui un peu partout en France. En effet, en 2016 encore, 20% des femmes ont été victimes de harcèlement sexuel au cours de leur carrière professionnelle, et ce spectacle s’attache à en identifier tous les contours et leviers politiques et sociétaux de résistance au changement.

Repérée en 2011 lors du Festival Impatience du Théâtre de l’Odéon, pour son adaptation théâtrale et sa mise en scène du texte de Rainer Werner Fassbinder (1945-1982) Anarchie en Bavière, qu’elle intitula Avez-vous eu le temps de vous organiser depuis la dernière fois qu’on vous a vus ?, Thissa d’Avila Bensalah choisi en 2014, de travailler sur Liberté à Brême (1976), un autre texte de ce même auteur. Cette pièce se base sur une histoire vraie du XIXème siècle retraçant la vie d’une femme qui a empoisonné 15 personnes de son entourage et a ensuite été guillotinée en place publique. Dans sa fiction théâtrale, Fassbinder choisit d’éclairer les mobiles profonds de ses gestes meurtriers et désespérés : sa quête de dignité, d’indépendance et de survie en tant que femme, face aux nombreuses violences et privations de liberté de sa vie, totalement occultées dans le procès réel qui lui avait été fait.

En parallèle des recherches de cette prochaine mise en scène, Thissa d’Avila Bensalah décide de proposer cette pièce aux patient.e.s de l’hôpital psychiatrique de Ville-Evrard lors d’un chantier théâtral qu’on lui commande en 2015.

Au fil des séances de travail, la compagnie découvre que sur 9 patient.e.s, près de la moitié ont été victimes de violences sexuelles et/ou de viols, et un, victime de maltraitances et de violences durant l’enfance. Elle identifie que les patient.e.s ont subi des traumatismes qui peuvent être à l’origine de leurs symptômes mais que ces derniers ne sont pas pris en compte en tant que tels.

Partant de ce constat, l’artiste détourne l’archivage vidéo de son travail et décide de débuter le montage d’un film documentaire sur ce sujet intitulé Et si le ciel était vide. Le projet de Thissa d’Avila Bensalah est aujourd’hui en cours de finalisation pour un début de diffusion prévue en janvier 2017,  et fait l’objet d’une collecte pour sa dernière phase de post-production.

Pourquoi ne pas contribuer à la réalisation de ce film et s’associer ainsi aux démarches qui cherchent sans relâche à lier art et émancipation ?